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Ma rencontre avec Henry Gréville

J’ai fait la connaissance d’Henry Gréville en 2007, alors que je travaillais sur la biographie de Gabrielle Sand. Ce nom, écrit avec soin par la mère de Gabrielle sur un cahier, m’a interpellé… Cet homme devait certainement être une personne très importante pour la famille de George Sand. Je me suis aussitôt mis en quête d’informations en utilisant internet. J’appris tout d’abord que Henry Gréville était une femme, une romancière, qui avait eu un immense succès de son vivant. Il n’en a pas fallu davantage pour éveiller mon esprit curieux. Mais bien vite, je m’aperçus que la tâche s’annonçait plus difficile qu’il n’y paraissait au premier abord. Certaines informations véhiculées étaient fausses, comme son lieu de décès. Ce fut alors des heures de recherches, dans les registres d’état civil. Puis certaines portes se sont ouvertes. Les archives de la famille de George Sand possédaient encore quelques documents intéressants, prouvant des liens amicaux très serrés. La presse journalistique de l’époque fut également un précieux atout. Si la presse ne livre pas tout avec exactitude, elle donne toutefois des pistes intéressantes. Petit à petit, certains pans de la vie d’Henry Gréville se livraient à moi. Je découvrais l’étendue de son œuvre romanesque. Son caractère, humble et sensible, me touchait et je développais au fil du temps une véritable empathie pour le personnage d’Henry Gréville. J’eus très rapidement l’envie d’exhumer des limbes de l’oubli l’existence de cette femme. La publication d’une biographie, si modeste soit-elle, me semblait être un premier pas indispensable. Oui, mais les documents en ma possession étaient encore trop peu nombreux, pas assez précis. Je démarchais alors les bibliothèques parisiennes afin de savoir si elles détenaient des lettres de la romancière. J’obtins ainsi de nombreux autres documents. Puis vint la découverte, à la Bibliothèque nationale, d’un lot de documents importants provenant de la maison d’édition d’Henry Gréville : Plon et Cie. Les démarches pour obtenir communication de ce dossier furent longues… et relativement coûteuses. En effet, ce dossier n’avait jamais été sollicité et la BNF dut au préalable le numériser. Cela prit plusieurs mois. Lorsque j’en pris enfin connaissance dans son intégralité, je m’attaquais à la transcription de plus de 500 feuillets… Un travail de longue haleine qui dura plusieurs autres mois. Mais je pus enfin écrire la biographie d’Henry Gréville, ou tout du moins, décrire les grandes lignes de sa vie. Enthousiasmé, je démarchais alors les éditeurs. Tout d’abord, le mien : Alan Sutton. Le projet ne fut pas accepté. Qui allait lire ce livre ? Personne ne connait Madame Gréville ! Commercialement parlant, ce sera un échec… Je démarchais alors les éditeurs normands. Là encore, même constat. La biographie resta alors dans un tiroir du disque dur de mon ordinateur, tandis que, pour mon propre plaisir, je continuais mes recherches. J’allais à Néris-les-Bains, où elle effectua de nombreuses cures thermales. J’allais à Menton, dans l’espoir – toujours déçu à ce jour – de retrouver trace de sa villa. Je me mis en contact avec les archives de la ville d’Angers. J’allais à Paris, sur les lieux qu’elle avait habités. Toutes ces démarches m’apportaient de nouvelles informations, venant ainsi modifier régulièrement la biographie toujours en attente. Vu que je ne trouvais pas d’éditeur, je décidais alors d’éditer moi-même cette histoire. Me doutais-je alors des obstacles qu’il me faudrait franchir ? Certes, non. J’avais déjà écrit quelques livres, mais mon éditeur s’était occupé de toute la partie technique et administrative. J’appris tant bien que mal comment passer d’un document Word à un produit fini. Comment faire une couverture – première, quatrième, tranche –, régler les paramètres du livre, les règles en matière de présentation. Il fallait aussi apprendre les modalités du dépôt légal, obtenir un numéro d’éditeur… Puis trouver un imprimeur de qualité, qui accepte de fournir un nombre peu important de livres. Ce fut chose faite avec Aquiprint, qui a son siège social à Bruges. Mais il fallait également faire relire son texte. C’est indispensable. Une grande maison d’édition possède 4 correcteurs ; une maison d’édition de moyenne importance, 2 correcteurs. Je n’en aurais qu’un, car un correcteur coûte cher. Je décidais tout de même de faire ce nouvel effort financier et je confiais mon travail à Sophie Tymula, du cabinet PaléoScrib. Bien sûr, dans le cas d’Henry Gréville, où la masse d’informations disponibles est finalement peu importante, il n’a été que très rarement possible de recouper les informations. Deux options s’offraient alors à moi. Soit attendre encore et encore d’éventuelles nouvelles infos, soit me lancer, quitte à publier dans le futur une nouvelle édition « mise à jour ». Je pris la première option. Sept années s’étaient déjà écoulées… Mais vint alors un nouveau lot de lettres, en provenance cette fois du musée Jean-Jacques Henner. Ce lot, très intéressant, vint bouleverser une nouvelle fois le travail d’écriture… J’espère que l’année 2015 verra enfin naître ce livre tant attendu. J’ai choisi le système de la souscription. Cinquante souscripteurs sont nécessaires avant de lancer un petit lot de livres. Cela peut paraître peu mais la réalité est tout autre. Ce livre n’est qu’une porte ouverte sur Henry Gréville. J’ose espérer qu’il puisse donner l’envie à certains de mieux connaître la vie et l’œuvre de Madame Gréville. Déjà, je poursuis mon travail et un deuxième ouvrage, cette fois à vocation monographique, est à l’étude. J’envisage de compléter l’ensemble par une exposition itinérante. Tout au long de ces années, de nombreuses personnes m’ont apporté leur aide. Je les remercie bien sûr dans mon livre. Ici, je souhaiterais toutefois remercier tout particulièrement Madame Marcelle Martin, qui se trouve être de la famille d’Henry Gréville. Déjà, voici encore un nouveau lot de documents qui vient d’être découvert, à Versailles. Ce lot ne sera pas exploité dans la biographie, mais nul doute qu’il sera très utile pour la suite de mon travail. A la veille de mourir, Henry Gréville avait demandé à son mari de la faire connaître. Plus tard, il écrira : « Je me suis promis de m’atteler à cette tâche […] » Tout comme Emile Durand-Gréville, je me suis, à mon tour, attelé à cette tâche : réhabiliter Henry Gréville !

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La tarantass

Le tarantass est une voiture hippomobile qui était utilisée en Russie.
Dans son roman Dosia, Madame Gréville écrit :
"Enfin vint le soir, et l'heure du départ. Mon tarantass, attelé de trois chevaux de poste, arriva tout sonnant et grelott...ant devant le perron. Ma tante me bénit ; toutes mes cousines me souhaitèrent un bon voyage, je grimpai dans mon équipage, dont, à la surprise générale, je fis lever la capote, malgré la beauté de la soirée ; je m'assis, et, - fouette cocher ! - je laissai derrière moi la demeure hospitalière envers laquelle je me montrais si ingrat"
Tarantass

Marcelle, extrait du roman "Perdue" d'Henry Gréville

Je vous propose un nouveau texte d'Henry Gréville, romancière à qui j'ai consacré une biographie, extrait de son roman "Perdue" :

"Marcelle avait couru tout d'une haleine jusqu'au coin du square de la rue Lafayette, puis elle s'était arrêtée, en se demandant comment elle s'y prendrait pour passer. Les voitures aux lanternes de toutes couleurs s'entre-croisaient avec une telle rapidité qu'un oeil même exercé eût vainement cherché un intervalle pour se risquer à traverser. La petite fille était brave, mais les voitures ont quelque chose de particulièrement effrayant le soir, quand il a plu. Le pavé miroite, la lumière du gaz tremblote, les chevaux qui glissent font des mouvements incertains et irréguliers ; on ne sait pas où l'on va, le mur en face paraît plus noir aux yeux éblouis. Enfin, une éclaircie se fît. Marcelle prit son élan, s'éclaboussa de la tête aux pieds dans une flaque d'eau, et au moment d'atteindre le trottoir opposé, effrayée par les claquements de fouet d'un cocher de fiacre, mit le pied dans le ruisseau, ce qui la mouilla jusqu'à son petit mollet, ferme et tendu sous le gros bas de laine."

Henry Gréville

Boulevard Montmartre

 

L'ojo de la tempesta, par Henry Gréville (extrait)

Le voyage fut malaisé. Dans les sentiers couverts, cela allait encore ; sur la lande c'était plus difficile ; mais où cela devint tout à fait beau, c'est au sortir de Beaumont, quand il fallut nous engager dans la vallée de Vauville. Gréville est sur la côte nord, à mi-chemin entre Cherbourg et la pointe de la Hague ; Vauville est sur la côte ouest, en face de l'île d'Aurigny, à sept ou huit kilomètres de Gréville. Non, ce n'était pas une petite promenade que nous avions entreprise et, en temps ordinaire, elle nous eût semblé longue ; mais la tempête nous fouettait les nerfs, nous étions disposés à rire de tout. A l'entrée de la vallée il n'y eût plus moyen de rire, parce que le vent, qui nous soufflait droit en face, nous coupait la respiration et quoique nous fussions à trois kilomètres dans les terres, nous jetait de temps en temps des flocons d'écume au visage. Nous descendions cependant, pas très vite, par ce souffle enragé qui se battait avec nos vêtements, nous obligeant à nous retourner à chaque minute pour respirer et nous remettre en état de marcher.

Henry Gréville

Vauville ; la descente vers la mer